En cas de morsure de vipère, sucez-vous le genou, ça fait marrer les écureuils. Pierre Desproges

L’agriculture biologique et ses dimensions à l’international

Les règlements, les produits et leurs marchés

dimanche 14 décembre 2008
par frage

En respectant l’environnement et les animaux, l’agriculture biologique est une méthode de production agricole qui emploie les méthodes les plus naturelles pour travailler la terre et élever les animaux. Les agriculteurs « bio » cherchent l’équilibre avec la nature plutôt que de maximiser le rendement par l’utilisation des produits phytosanitaires. Ils fonctionnent en cycles agricoles fermés, qui consistent à valoriser et conserver les ressources de la ferme. L’utilisation du fumier, le compostage de déchets agricoles et la rotation des cultures sont autant d’exemples sur lesquels s’appuie l’agriculture biologique.

Les principes et pratiques qui caractérisent l’agriculture biologique (AB) incluent les aspects suivants :

  • La stricte limitation d’utilisation des produits synthétiques (ex : engrais, herbicides, pesticides) et pharmaceutiques (antibiotiques)
  • L’interdiction des organismes génétiquement modifiés
  • Le choix d’espèces végétales et animales résistantes aux maladies et adaptées aux conditions locales
  • Des pratiques d’élevage adaptées aux différentes espèces animales (élevage plein air, alimentation)
  • L’utilisation des ressources de la ferme : par exemple le fumier comme engrais ou des aliments produits sur place pour les animaux d’élevage

Régulation Européenne

En Europe, les désignations « bio », « biologique », « issus de l’agriculture biologique » et « organique » sont protégées depuis juillet 2005.

Ainsi dans les états membres de la Communauté Européenne, les désignations suivantes indiquent qu’un produit est issu de l’agriculture biologique :
oekologisk (danois), organic (anglais), luonnonmukainen (finnois), biologique (francais), βιολογικ ? (grec), biologico (italien), biologisch/ökologisch (allemand), ecologisch (hollandais), biológico (portugais), ekologisk (suédois), ecologico (espagnol), bioprodukt (tchèque), biologicky (slovaque), ökotermèk (hongrois).

Pour afficher un logo de l’agriculture biologique, les producteurs et transformateurs doivent respecter les critères determinés par les organismes auxquels appartiennent les labels. Les régulations de l’Union Européenne établissent des règles applicables à la production de cultures biologiques (EEC 2092/91) ainsi au mode d’élevage et de production de bétail biologique (EEC 1804/1999). Une nouvelle régulation (EEC 834/2007) sera appliquée dans la Communauté Européenne à partir du 1 janvier 2009.
La politique d’agriculture commune (PAC) de l’UE soutient l’agriculture biologique par des incitants financiers pour la conversion et la continuation de l’agriculture biologique, notamment par les réformes de PAC de 1992 (EEC 2078/92) et de 2000 (EEC 1257/99).

Parmi les conditions du règlement EC 2092/91 on trouve :
· au moins 95% des ingrédients de l’origine agricole sont issus de l’agriculture biologique (Art. 5, 3 (a))
· le produit ne peut pas inclure des ingrédients fabriqués à partir des OGMs (organismes génétiquement modifiés) (Art. 13)
· le produits doit venir directement du producteur ou du transformateur dans un emballage fermé
· le produit doit porter le nom du producteur, du transformateur ou du vendeur ainsi le nom et le code de l’organisme qui contrôle et certifie la marchandise avec le label bio européen.

La régulation 1804/99 concerne la production de bétail, les denrées alimentaires, la prévention des maladies, les traitements véterinaires, la santé et l’élevage des animaux ainsi la gestion du fumier. Après l’introduction de cette régulation, beaucoup d’agriculteurs sont devenus éleveurs biologiques.
On peut remarquer une importante croissance de la production de bétail biologique (brebis, chèvres, chevaux) et d’élevage de volaille.
La croissance pour la production de viande de bœuf, de veau et de porc est cependant plus modéré probablement parce que la reproduction biologique est plus restrictive qu’en employant les méthodes conventionnelles.

L’ancienne régulation 2092/91 interdit l’utilisation des OGMs et de leurs dérivés dans les produits biologiques tolérant uniquement un seuil minimal provoqué par une contamination inévitable (Art. 13). "Minimal" a été interprété soit comme un niveau minimal détectable soit comme des niveaux supérieurs. Les différents états membres de l’UE se sont inquiétés que, à cause des interprétations différentes, la loi europénne aurait été appliquée différement dépendant de l’interprétation nationale.
Cette inquiétude et le fait que la régulation 2092/91 est devenue très complexe et difficile à appliquer par les constantes modifications au cours des années ont été des motivations fortes pour une nouvelle régulation.
En juin 2007 les ministres européens votent pour la régulation 834/2007 avec un seuil de 0,9% de contamination des produits biologiques par les OGMs. L’augmentation des coûts de production et donc le ralentissement du marché biologique étaient les arguments les plus forts contre une tolérance à zéro des OGMs.

Afin d’être commercialisé comme un produit bio, tout produit issu de l’agriculture biologique doit subir le contrôle et obtenir la certification « bio » d’un organisme de contrôle indépendant agrée par le ministère de l’agriculture (voir ci dessous). Les conditions obigatoires des règlements (européen et autres règlements nationaux en europe) pour obtenir une labéllisation bio ne concernent pas seulement la production, mais également la transformation, l’importation, les contrôles, la certification, l’étiquettage et la commercialisation sur le marché. Les contrôles sont effectués à tous les niveaux. Le nom de l’organisme certificateur doit être affiché sur tous les produits bio.

Les associations et organismes de l’agriculture biologique en Europe

La tradition de l’agriculture biologique est plus longue que celle du règlement européen. Les producteurs bio peuvent joindre des organismes et associations nationaux et s’engager à respecter leurs normes. Dans les pays européens, il existe de nombreux labels et mentions supplémentaires qui sont accordés par les associations des regroupements d’agriculteurs bio et des consommateurs. Leurs normes de certification sont au moins égales à celles du règlement européen ou plus exigente encore.
Pour la plupart des produits transformés ou emballés, le consommateur trouve le label de l’association à coté des labels nationaux et européens.

Le tableau ci-dessous montre les labels officiels ainsi que des associations et des organismes de certification en Europe par pays en 2008 :

 

Pays

Label officiel national

Labels des organismes / associations privées

Organisme de contrôle / labéllisation

Allemagne

Bio-Siegel

Bioland

Ecovin

Verbund Ökohöfe

Ecoland

Biopark

Gaä e.V. Ökologischer Landbau

Naturland

Demeter

Biokreis

Öko BCS Garantie

(22 au total)

Autriche

 

ARGE

BAF

Bio Austria

Bio Ernte Austria

Demeter

Freiland Verband

Hofmarke

ÖIG

ORBI

Austria Bio Garantie

Bulgarie

 

Certfied Bulgarian Organic Product

 

Belgique

 

Biogarantie

 

Danemark

Statskontrolleret økologisk

 

 

Espagne

CRAE logo

 

 

Estonie

Mahemärk

 

 

Finlande

Luomu (finlandais pour agriculture biologique)

Ladybird quality logo

Luomuliitto ry

 

France

AB Agriculture Biologique

Demeter

Nature et Progrès

Ecocert SARL

Qualité France

Ulase

Agrocert

Certipaq

Aclave

Irlande

 

 

IOFGA

Italie

 

AIAB

ICEA
Sincert

Létonie

 

ALOA

 

Luxembourg

 

Biolabel

 

Norvège

Økologisk (Debio)

 

Debio

Pays Bas

EKO

 

Skal

Pologne

 

 

Agrobiotest

Bioekspert

Ekogwarancja PTRE

Polish Centre for Testing and Certification

Unit for Certification of Organic Production PNG

COBICO

Portugal

 

Agrobio

 

Romanie

AE Agricultura Ecologica

 

 

Royaume Uni

 

Soil Association

Biodynamic Agricultural Association

Organic Farmers and Growers Ltd

Organic Food Federation

Scottish Organic Producers Association

Soil Association

Suède

 

KRAV

 

Suisse

 

Bio (Suisse)

KAG Freiland (viande)

Bio.inspecta
Bio Test Agro
IMO

 

 

 

Depuis le début des années 1990, l’agriculture bio s’est développée particulièrement rapide en terme de surface cultivée en Océanie et en Europe.
Le tableau montre l’évolution en terme de surface cultivée depuis 1998 à l’échelle mondiale :

 

Année

Surface cultivée par l’agriculture biologique à l’échelle internationale
(millions d’hectares)

1998

7,5

1999

15,8

2000

17,2

2001

22,7

2002

23,5

2003

25,7

2004

29,8

2005

28,6

2006

30,4

200731,0

Source : FIBL, SOEL

 

En 2007, dans le monde, 31 millions d’hectares sont gérés en mode bio par 633 891 exploitations. Ceci correpond à 0,7% des surfaces arables des pays participants au sondage. Sur la surface cultivée en bio en 2007, 39% se trouve en Océanie et 23% en Europe.

L’agriculture biologique était représentée fin 2005 dans l’Union Européenne par une surface de presque 6,3 millions hectares réparties sur 160 000 exploitations (pour comparaison en Europe : 6,9 millions hectars et 190 000 exploitations). Ceci correspond à environ 3,9% de la surface agricole européenne (source : Global Agriculture Information Network GAIN).

Les pays ayant les plus grandes surfaces cultivée en bio sont l’Australie (11,8 millions d’hectares), l’Argentine (3,1 millions d’hectares), la Chine (2,3 millions d’hectares) et les Etats Unis (1,6 millions d’hectares).

En Europe c’est l’Italie qui en 2008 est le pays avec le plus grand nombre d’exploitations ainsi que la plus grande surface cultivé en bio.

Le nombre d’exploitations et le pourcentage de surface cultivée en bio par rapport au conventionnel commencent à devenir importants dans quelques pays européens. Par exemple, dans le monde entier, les pays ayant le plus haut percentage de surface cultivée en bio par rapport au conventionnel sont le Liechtenstein (29%), l’Autriche (12%), la Suisse (12%), l’Italie (9%), l’Estonie (9%) et la Grèce (8%) (source : FIBL, SOEL, état en 2006).

Le tableau ci-dessous indique la répartition des surfaces cultivés en agriculture biologique selon les continents :

 

 

Surface cultivée bio (millions hectares)

Pourcentage à la surface totale

continent

2002

2004

2006

2002

2004

2006

Afrique

0,32

1,2

0,4

1,3%

3,8%

1,3%

Asie

0,88

4,1

3,1

3,7%

12,9%

10,2%

Australie / Océanie

10

12,2

12,4

41,7%

38,4%

40,8%

Europe

5,5

6,5

7,4

22,9%

20,4%

24,3%

Amérique du Nord

1,5

1,4

2,2

6,3%

4,4%

7,2%

Amérique Latine

5,8

6,4

4,9

24,2%

20,1%

16,1%

total

24

31,8

30,4

 

Source : FIBL, SOEL

Au niveau mondial, 97% des ventes de produits bio sont reparties entre l’Europe (52%) et l’Amérique du Nord (45%) en 2005.
Pendant les dernières années, l’Europe a gagné en importance en terme de pourcentage global des ventes tandis que l’Amérique du Nord en a perdu. Ceci ne veut pas dire que les achats en Amérique du Nord ont baissé mais bien que la croissance n’a pas été aussi forte qu’en Europe.
Bien que la plupart des produits bio soient consommés en Europe et en Amérique du Nord, la surface et le nombre d’exploitations sur ces continents ne sont pas proportionnels à la consommation créant un déséquilibre entre les lieux de production et ceux de consommation.

Ci-dessous quelques chiffres indiquant les consommations dans quelques pays d’Europe :

pays

dépenses par habitant en 2006 pour des produits issus de l’AB (euros/an)

Suisse

103

Danemark

57

Autriche

56

Suède

48

Allemagne

47

Italie

42

Royaume Uni

39

France

37

Pays Bas

29

Irlande

17

Finlande

15

Norvège

9

Liechtenstein

8

Espagne

7

Portugal

5

Republique Tchèque

1,2

Pologne

0,79

Hongrie

0,6

Ukraine

0,08

Source : FIBL

 

 

Aspects positifs

- L’agriculture biologique est respecteuse de l’environnement : Elle protège la biodiversité, respecte les cycles naurels des écosystèmes et minimise l’apport de pesticides ou d’engrais synthétiques dans l’eau et dans les sols.

- Les consommateurs en Europe et en Amérique du Nord se questionnent davantage sur les conditions et conséquences liées à la production de leur nourriture.

- Le bénefice pour la santé est un critère d’achat important des produits bio. Les crises alimentaires provoquées notamment par la maladie de la vache folle et le fièvre aphteuse ont contribué à cette prise de conscience de la part des consommateurs.

- Dans des pays en voie de développement où l’agriculture biologique n’est pas subventionnée, l’apport des produits phytosanitaires et synthétiques coûte cher contrairement à la main-d’œuvre. Les agriculteurs bio peuvent obtenir des revenus plus élévés ou à hauteur des revenus de l’agriculture conventionnelle grâce aux coûts de production moins importants et à la diversification de leur production (source : IFOAM). Grâce à une plus forte biodiversité et une meilleure fertilité du sol, le risque de mauvaises récoltes à cause des sécheresses ou des maladies est plus faible en production biologique. Une utilisation efficace des ressources locales (fumier, grainies, irrigation) contribue aux rendements stables et satisfaisant.
L’IFOAM constate que la possibilité de vendre un produit bio à un prix fort n’est pas suffisament intéressante pour qu’un agriculteur certifie ses produits bio. Les agriculteurs adoptent surtout des pratiques biologiques afin d’éviter des apports couteux externes en gardant les mêmes revenus.

 

Aspects négatifs

- Avec la mode actuelle de se nourrir en bio et l’augmentation du volume et de la variété des produits bio, la signification de l’agriculture biologique pour l’agriculteur et son environnment s’est trouve diluée. Pas mal de consommateurs dépensent plus d’énergie pour la chasse des labels bio que pour comprendre le rôle du bio pour les écosystèmes, le producteur et l’économie locale.

- En Europe notamment, la demande de produits bio par les consommateurs est plus forte que les quantités qui peuvent être fournies par les exploitations bio européennes. Cela favorise les importations de produits bio et donc les pollutions liées au transport ce qui entre en condradiction avec l’éco-logique d’un point de vue de bénéfice pour l’environnement et le climat.

 

Contraintes

- Les comparaisons de méthodes alternatives de production agricoles comme notamment l’agriculture biologique se concentrent très souvent sur le rendement des denrées commercialisables et la productivité. Rentabilité et une viabilité économique à long terme sont d’autres indicateurs importants qui permettent d’évaluer les bénéfices et limites d’un système de production. Cette seule vision mène à une image trompeuse car les bénéfices pour l’environnement, difficiles à évaluer en terme monétaire, sont désormais des élements essentiels d’une agriculture durable.

- La conversion d’une exploitation de l’agriculture conventionnelle à l’agriculture biologique peut coûter aux producteurs. Néanmoins la labellisation, les éventuelles reduction de rendement et la plus forte demande de main d’œuvre sont récompensés par la suppression des dépenses pour l’achat d’engrais et de produits phytosanitaires.

- Il existe une large variabilité dans le monde entier en ce qui concerne le développement des marchés nationaux pour les produits bio. Par exemple, en Pologne, selon Biopolonia, une association polonaise des agricultuers bio, la commercialisation des produits bio est encore peu développée avec peu de magasins qui proposent ces produits, peu d’installations de transformation et de petites exploitations qui produisent des petites quantités et ne peuvent pas approvisionner les magasins toute l’année. Cependant, le commerce de détail demande un approvisionnement en quantités en toutes les saisons - une réalité qui freine le développement de l’agriculture biologique. Les agriculteurs ne trouvent pas d’acheteurs - plus que la moitié des produits bio sont commercialisés comme des produits conventionnels ce qui représente une grande perte pour le producteur.
De plus, il n’existe pas encore de structure de commercialisation qui valoriserait les produits bio polonais par l’export à l’étranger. Le manque de confiance des consommateurs pour l’achat de produits bio certifiés est encore grand. Ekoland, une de premières associations polonaises d’agricultuers bio, constate que l’agriculture biologique peut se développer uniquement si les possibilités de commercialisation s’améliorent.

 

Axes de réflexion

- La relation entre la sécurité alimentaire et l’agriculture biologique : Un rapport publié en 2008 à ce sujet par l’UNFAD (United Nations Conference on Trade and Development) et l’UNEP (United Nations Environment Programme) constate que l’agriculture biologique est favorable à la sécurité alimentaire en Afrique - équivalent ou plus favorable que des systèmes conventionnels pour une agriculture durable. Les 15 études de cas ont revelé une augmentation de productivité par hectare et donc des revenues, des bénéfices pour l’environnment mais aussi des communautés renforcées (strengthened communities) (source : UNFAD, SOEL).

- La situaton en Italie a démontré que l’implémentation des régulations européennes en combinaison avec des mesures politiques adaptés aux particularités nationales peut influencer positivement le développement de l’agriculture biologique. Quels chemins prennent les états membres de l’UE pour booster le bio ?

 

Perspectives

- Une bonne implémentation des résultats de la recherche dans les systèmes de production et transformation.

- L’encouragement et le soutien aux producteurs agricoles qui s’orientent vers le bio

- Le bio devient une référence pour l’agriculture non biologique (conventionnelle ou raisonnée).

 

Références

- FiBL - Forschungsinstitut für biologischen Landbau (site en anglais)

- Global Agriculture Information Network GAIN - Système électronique d’information du Foreign Agricultural Service des Etats Unis

- Organic-Europe - un site animé par FiBL

- SOEL - Stiftung Ökologie & Landbau (site en anglais)

- FiBL/SOEL reports on World Statistics on Organic Agriculture 2000 - 2007

- EU Commission - website specialised for organic farming

- Agence Bio

- Organic Market

- L’Etat de la Planète - un magazine du World Watch Institute

 

 



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