Articles populaires :
Les nanotechnologies Les cosmétiques Bio Historique des nanotechnologies Les combustibles fossiles ou hydrocarbures Les Biocarburants - Biodiesel Historique du commerce équitable Transgenèse Gaz naturel liquéfié ou GNL Eau douce Solaire thermique

Articles à découvrir :
Transgenèse Bienvenue sur « Plants For Our Future » Environnement et conditions de vie Le cycle de vie du papier Technologie libre ou « Open Source »
Le commerce équitable
Concept, objectifs et avenir
jeudi 3 juillet 2008
par Bialis Team
« Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille, une existence conforme à la dignité humaine. » - Article 23 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme

Le commerce équitable (CE) connait un succès remarquable qu’il convient de soutenir dans une perspective de développement durable, de protection de l’environnement, de partage et d’équilibre des richesses. A partir de 2003, le chiffre d’affaires du commerce équitable dépasse le milliard de dollars, soit environ 0,1% (1/1000) du commerce européen et 0,01% (1/10000) des échanges mondiaux.

Le commerce équitable peut porter sur une foules de produits d’usage quotidien. Aujourd’hui les marchés les plus avancés concernent le café, le thé, le miel, le sucre, les jus, les fleurs, les bananes, le riz, le coton mais aussi les produits issus de l’artisanat, les textiles, les ballons de foot ou encore le vin.

L’histoire du commerce équitable démarre en 1860 avec la publication du roman "Max Havelaar" qui déclenche un mouvement d’opinion progressiste qui mènera à la promotion d’une "politique éthique" aux Indes néerlandaises, soucieuse d’améliorer le sort des indigènes.

Le concept de commerce équitable du 21ième siècle découle de la convergence de trois courants :

- Un courant humaniste religieux, fortement développé dans les pays à culture protestante comme l’Allemagne, la Grande Bretagne, les Pays-Bas ou la Suisse, et catholique en France et aux Pays-Bas, posera les bases et la philosophie du commerce équitable, la lutte contre la pauvreté et l’exploitation à la lumière de valeurs chrétiennes.

- Un courant Tiers Mondiste de militants engagés politiquement initié par les ONG, les syndicats ou les partis politiques, revendique ce type de commerce comme une alternative au commerce traditionnel et s’oriente dans la lutte contre l’échange inégal et l’exploitation de prolétariat.

- Un courant de Développement durable, qui s’installe de plus en plus comme une des valeurs fondamentales du commerce équitable grâce à une démarche respectueuse de la biodiversité et de l’environnement, présente tant au niveau social, qu’économique ou environnemental.

De nombreuses organisations dynamiques et engagées se forment de part le monde autour de l’éthique, l’équitable, le solidaire et l’alternatif. Ces notions différentes les unes des autres ne désignent pas toutes le même concept mais sont toutes en faveur d’un développement durable.

  • Le commerce éthique garantie les bonnes conditions de travail chez les producteurs et le respect des critères sociaux dans la production et l’échange de biens. Le commerce éthique favorise ainsi les producteurs ayant les meilleures pratiques. Le commerce éthique peut cependant laisser de coté les plus petits producteurs, moins organisés et plus défavorisés qui sans aide ne peuvent pas atteindre les standards requis.
  • Le commerce solidaire généralement propre à un pays désigne le commerce de produits fabriqués par des associations de solidarité, de jeunes en réinsertion, de personnes à mobilité réduite ou celui de marchandises pour lesquels une partie du bénéfice des ventes est reversée à des associations de protection de l’environnement ou d’actions de solidarité.
  • Le commerce alternatif désigne les produits du CE complétés des produits du commerce éthiques et des produits du terroir.
  • Le commerce équitable vise à établir un rapport d’échanges satisfaisants pour tous et a pour principe d’aider des coopératives agricoles ou d’artisans dans les pays en développement (PED) à se développer de manière durable.

Ce n’est qu’à partir de 1999 que les organisations internationales FLO (Fair trade Labelling Organizations), IFAT (International Federation for Alternative Trade), NEWS (Network of European World Shops) et EFTA (European Fair Trade Association) constituées en réseau appelé FINE s’entendent sur une définition commune du commerce équitable :

  • Le commerce équitable est un partenariat commercial fondé sur le dialogue, la transparence et le respect, dont l’objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial.
  • Le commerce équitable contribue au développement durable en offrant de meilleures conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés, principalement au Sud de la planète.
  • Les organismes du commerce équitable, soutenus par les consommateurs, s’engagent à soutenir les producteurs, à sensibiliser l’opinion et à mener campagne pour changer les règles et pratiques du commerce international.

 


Quelques chiffres

Depuis 2002, les ventes de café certifié par le label "Fairtrade" ont augmenté en moyenne de 20 % par an. Dans le monde, le nombre d’organisations de vente de café labellisé "Fairtrade" augmente de 175 en 2002 à 256 fin 2007. Plus de 700 000 petits producteurs de café bénéficient de ce marché (source : FLO).

En 2006, les ventes de produits certifiés équitables dans le monde sont estimées à plus que 1,609 milliards d’euros, une augmentation de 42% par rapport à l’année précédente (source : FLO).

En 2007, chaque Français a consacré environ 3,30 € aux produits labellisés Fairtrade Max Havelaar, soit une progression de 20 % par rapport à 2006. (source : Max Havellar France).

Fin 2007 les ventes de produits certifiés équitables dans le monde sont supérieures à 2,3 milliard d’euros, environ 1,5 million de producteurs vendent leur production au sein de 632 organisations dans 59 pays. En tenant compte des familles c’est environ 7,5 millions de personnes en bénéficient directement ou indirectement. (source : FLO)

 

Les grands objectifs du commerce équitable :

  • Assurer une juste rémunération du travail des producteurs et artisans, leur permettant de satisfaire leurs besoins en terme de santé, d’éducation, de logement et de protection sociale.
  • Garantir le respect des droits fondamentaux des personnes et des conditions de travail décentes (par exemple : refus de l’exploitation des enfants, du travail forcé, de l’esclavage)
  • Instaurer des relations durables entre partenaires économiques, permettant aux producteurs de développer eux même une activité rentable et pérenne en leur offrant des débouchés commerciaux solides et viables
  • Favoriser la préservation de l’environnement grâce à des méthodes de production respectueuses de la nature.
  • Proposer des produits de qualité aux consommateurs et les informer que par cette consommation ils deviennent acteurs d’une alternative économique mondiale favorisant le développement durable, l’éthique, le respect des travailleurs, de l’environnement et le dialogue Nord Sud.

 

Aspects positifs

- On assiste actuellement à un véritable boom du commerce équitable.

- Cette magnifique pépite que constitue le commerce équitable, façonnée tout au long de notre siècle par une foule de personnes de toutes nationalités est un modèle de partenariat commercial fondé sur le respect, la transparence et la solidarité qui permet à des millions de producteurs et leurs familles de vivre dignement de leur travail.

- Le commerce équitable demeure un maillon fort et incontournable d’un développement durable à l’échelle planétaire.

 

Aspects négatifs

- L’information des consommateurs sur le commerce équitable, les produits CE et les labels associés est encore insuffisante pour sensibiliser et impliquer le plus grand nombre.

- En 2008, les produits du CE ne sont pas proposés sur tous les circuits de distribution ce qui limite leur disponibilité sur les différents marchés.

- Le développement commercial actuel à une plus grande échelle et l’intérêt croissant pour un rééquilibrage économique et environnemental par les filières de commerce équitable peuvent induire une récupération à des fins marketing. L’idée première du versement d’un prix juste, des projets sociaux associés et du rôle de levier pour l’économie du commerce équitable se retrouve diluée.

- Le commerce "bon marché" impacte sensiblement l’artisanat et exerce une forte pression sur les prix des marchés européens mais aussi africains. On peut déplorer de plus que l’origine culturelle du produit d’artisanat ne soit pas protégé par des brevets ou marques déposées afin d’empêcher les abus et contrefaçons déjà nombreux. Le commerce équitable se trouve face à une concurrence forte qui ne pourra être contrée que par la sensibilisation et l’engagement des consommateurs.

 

Contraintes

- Un contexte difficile : Les organisations qui s’engagent pour le développement du CE peuvent rencontrer des difficultés variables selon le contexte socio-politique dans lequel se trouve le producteur, contexte, qui peut aussi avoir un impact sur le coût des transports et le coût des matières premières.
Ainsi, selon la provenance des produits - Asie, Amérique du Sud, Afrique - on peut constater des disparités pour le prix, la qualité, la fiabilité, les volumes disponibles et le potentiel commercial. Tous ces éléments peuvent avoir une incidence sur la capacité de réactivité des producteurs à répondre aux demandes des marchés du Nord.

- Les normes et règlementations imposées sur les produits en matière de sécurité, d’hygiène, d’origine et de composition constituent une difficulté pour le commerce de l’artisanat Afrique-Europe particulièrement pour les producteurs les plus marginalisés.

- Les prix du CE sont légèrement plus chers, cela peut constituer un frein accentué par les difficultés liées au pouvoir d’achat des ménages.

- La situation économique internationale pèse sur les acteurs engagés pour le commerce équitable. Avec l’envolée du prix du pétrole, le coût des transports et de certaines matières premières augmentent, ce qui met en péril l’équilibre des petites structures.
Certaines filières équitables qui ont optés pour un prix fixe garanti à l’achat aux producteurs sont directement impactés par la hausse du prix des matières premières.

 

Axes de réflexion

- Quelle place pour l’Afrique dans le commerce équitable international ? Lorque l’on parle de commerce équitable la fiabilité commerciale et les marges réalisées sur les produits prennent elles le dessu sur la qualité du projet ou de l’organisation ?

"La marginalisation commerciale de l’Afrique est très forte puisque la part du continent dans le commerce international qui représentait 12 % il y a 20 ans, est passée à 8 % dans les années 90 pour atteindre à peine 2 % en 2007.
Autre observation dans le marché spécifique du commerce équitable, on observe ces dernières années une tendance forte :
(1) La part de l’artisanat dans le commerce équitable décroît au profit de l’alimentaire.
(2) Le nombre global de partenaires avec lesquels travaillent les organisations importatrices européennes diminue fortement.
(3) Parmi ceux-ci, la diminution du nombre de partenaires africains est la plus importante.
Ainsi, on a observé entre 2000 et 2004 au sein d’EFTA (organisation européenne regroupant des importateurs de commerce équitable) une baisse de 54% des partenaires africains.
Les acteurs « historiques » du commerce équitable tendent à se désinvestir de l’artisanat et plus particulièrement de l’Afrique au profit de régions plus « sûres » commercialement, notamment l’Asie. "
(source : Oxfam-Magasins du monde : Enjeux et perspectives du équitable de l’artisanat en Afrique - ANALYSE MAI 2007).

- L’agriculture biologique et le commerce équitable s’inscrivent tous deux dans une demarche de developpement durable. Le commerce équitable est une ressource essentielle de revenu pour les paysans du Sud. La labellisation bio de produits équitables ne laisse-t-elle pas de coté les producteurs qui ont moins de moyens ?

- L’équité et la solidarité ne consistent pas à consommer quelques produits du CE pour avoir bonne conscience ou pour un usage marketing mais bien à faire tendre l’ensemble de la consommation vers un commerce plus équitable. Quelles entreprises nationales et internationales accompagnent réellement ce mouvement ? L’Etat et les collectivités territoriales sont aussi des acheteurs potentiels d’envergure. Les "marchés publics" - c’est à dire les commandes de fournitures, de services et de travaux par le secteur public - représentent 16% du PIB européen soit environ 1500 milliards d’euros en 2002 (source : Comission européenne). Comment les entités publiques s’engagent-t-elles pour le développement du commerce équitable suite aux différentes recommandations ?

Perspectives

Le commerce équitable appliqué d’un bout à l’autre des filières, est un axe de réflexion, une occasion pour redéfinir des bases saines pour l’économie, redistribuer les ressources alimentaires et contribuer à la préservation de l’environnement.

 

Références

PFCE - Plate-Forme pour le Commerce Équitable- France

FLO - Fairtrade Labelling Organizations

IFAT - International Federation for Alternative Trade

EFTA - European Fair Trade Association

NEWS - Network of European World Shops

Max Havelaar France

FLO-Cert

Artisans du Monde, 30 ans de commerce équitable, dossier de présentation en Octobre 2004

Rapport sur le commerce équitable, Antoine Herth, Mai 2005

Artisanat Sel, 25 ans de commerce équitable Mai 2008

Minga, Printemps pour un commerce équitable, Avril 2008

 


Répondre à cet article