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Savoir où l'on veut aller, c'est très bien. Mais il faut encore montrer qu'on y va. Emile Zola

Le tourisme durable

Vers un tourisme durable ou les nouvelles façons de voyager

dimanche 22 février 2009
par Bialis Team , Carole Poquet

« le voyage est un moyen privilégié de lien et de compréhension entre les peuples, il doit permettre l’épanouissement du voyageur et de l’accueillant sur les plans personnels, culturels et économiques. Ses ressources doivent pérenniser un développement durable des populations visitées »

Le terme "tourisme" peut être utilisé avec différents qualificatifs qui relèvent davantage d’une certaine forme d’intégrité morale que d’un mouvement particulier, on pourra citer le Tourisme responsable, le Tourisme éthique ou le tourisme intelligent !.
Tout les personnes désireuses de voyager autrement peuvent donc se satisfaire dans l’une ou l’autre des approches mentionnées ; nous privilégierons le terme de Tourisme Durable, qui à notre sens, englobe davantage les autres concepts.

Pour mieux comprendre les causes de cette nouvelle approche, nous revenons aux origines : le " tourist " est un mot anglais qui désignait un jeune aristocrate anglais. Ses études achevées, il devait parfaire sa formation en faisant un " tour " en Europe. Plus tard au XIX siècle, le mot " tourisme " s’appliquera à une classe de privilégiés sensée ne se déplacer que pour son agrément.

Avec l’essor économique des années 50 et les progrès sociaux croissants, le tourisme concerne un plus grand nombre jusqu’à devenir un phénomène de société... On parle alors de Tourisme de masse : 25 millions de voyageurs en 1950, 600 millions de voyageurs estimés sur la planète en 1997 et l’étude de l’OMT qui envisage 1,6 milliard de touristes en 2020 !).

Quelques définitions
 
On ne peut évoquer l’enjeu d’une nouvelle approche touristique, ses principes, ses avantages et ses limites sans en définir les différentes appellations :
 

    • Tourisme Equitable : Le tourisme équitable fait référence au commerce équitable, qui propose une juste rémunération de l’hôte dans le pays d’accueil.

    • Tourisme Ecologique : Le tourisme écologique est d’abord un concept pour décrire un voyage de découverte dans une nature préservée, l’accent est mis plus particulièrement sur l’éducation et la sensibilisation au milieu.

    • Tourisme Alternatif : Le tourisme alternatif est sans aucun doute l’une des formes du tourisme permettant le mieux le développement local, car toutes les activités proposées sont gérées par les populations d’accueil qui souhaitent mettre en avant toute l’identité de leur pays (culture histoire environnement...).

    • Tourisme Citoyen : Le tourisme citoyen part de principes soulignés notamment par certaines associations militantes comme ATTAC selon lesquelles " il faut agir par et sur la consommation, consommer autrement, le choix du consommateur devient un acte politique ".

    • Tourisme Durable : selon l’Organisation Mondiale du Tourisme (O.M.T.) le tourisme durable " consiste à répondre aux besoins des touristes actuels et à ceux des communautés d’accueil tout en protégeant l’environnement et en développant des opportunités pour le futur. C’est adopter une approche de gestion de sorte que les ressources économiques, sociales et la qualité de l’environnement puissent être exploitées tout en maintenant l’intégrité culturelle et en protégeant les systèmes dans leur diversité "

On pourra distinguer 2 types de pays touristiques : les pays émetteurs, envoyant leurs voyageurs hors de leur frontière et les pays récepteurs qui les accueillent. :

  • Les pays émetteurs sont des pays économiquement développés, pratiquement tous situés dans l’hémisphère nord
  • Les pays récepteurs sont généralement dans l’hémisphère sud et exercent pour majorité un certain pouvoir d’attraction, ludique, culturel, environnemental... mais sont trop pauvres pour devenir émetteurs. Ils ne résistent pas aux promesses de prospérité et d’emploi que leur font miroiter les grands opérateurs.

Selon Ted Manning, un expert international et spécialiste du tourisme durable " A moins que le tourisme ne soit convenablement géré, il peut devenir un engin de destruction plutôt qu’un moteur de développement et d’évolution humaine. Les pays qui ne sont pas préparés pour le tourisme vont être submergés et leur société littéralement dénaturées ". En 2002, à Johannesburg, une conférence de l’ONU " RIO + 10 " obtient un plan d’actions sur le développement durable, finalement adopté par 192 pays représentés.
Aujourd’hui des petites structures associatives et de professionnels comme par exemples "Croq Nature" et "la Route des sens" existent et se battent pour l’adoption de chartes de tourisme, équitable, écologique, responsable... 

 

Objectifs de la démarches de tourisme durable

  • Permettre aux communautés d’accueil, aux prestataires de services et aux touristes de vivre leur dignité et leur autonomie dans l’activité touristique : le voyageur n’est plus un simple consommateur, il s’adapte au milieu et contribue par sa présence, aux échanges culturels et à l’amélioration des conditions de vie de l’accueillant.

  • Le voyageur paie son voyage sans acte de charité.

  • Créer une activité économique complémentaire et de nouveaux emplois pour les locaux tout en leur permettant de maîtriser le sens et la valeur de leurs actes.

  • La transparence des engagements des différents opérateurs, professionnels ou non, autour d’un cahier des charges défini à l’avance dont les grands axes sont :

    • Une juste rémunération des acteurs économiques (prenant en compte leurs besoins),
    • La qualité et l’éthique des prestations qui sont sous la responsabilité des accueillants,
    • L’information réciproque des opérateurs des conditions de travail, des salaires, des marges, des projets de développement...
  • Une information réaliste auprès du prospect qui achete de façon fondée et responsable en toute transparence ; une des clés de la réussite du tourisme durable passera par la prise de conscience du client, consommateur de son état, qui, par le pouvoir de sa carte de crédit, infléchira les grandes tendances d’un nouveau tourisme.

  • Impliquer les grands opérateurs du tourisme industriel (chaînes hôtelières, compagnies aériennes...) en leur montrant que c’est dans l’intérêt de la perenité de leur activité de préserver les ressources naturelles et socio-culturelles qu’elles suggèrent à leurs clients.

 

Quelques textes majeurs

  • Déclaration de Manille sur le tourisme mondial en 1985,
  • Charte des droits du tourisme et du code de conduite du tourisme en 1985,
  • Conférence de Rio en 1992,
  • Conférence mondiale du tourisme durable à Lnazarote en 1995,
  • L’Agenda 21 pour l’industrie du tourisme et du voyage en 1996, adoption d’un code d’éthique du tourisme reprenant l’essentiel des conférences précedentes réalisées par l’O.M.T.
  • En 1999, lors de l’assemblée générale de l’OMT en 2001 à Osaka et Séoul, un comité mondial de l’Ethique du tourisme est constitué
  • En 2002 le sommet mondial de l’écotourisme à Quebec définit les interventions que devraient faire en partenariat tous les acteurs impliqués.

 

 

Aspects Positifs

- Un code de déontologie nait de cette motivation impérieuse de solidarité vers les populations accueillantes : les opérateurs équitables sont pour la plupart des concurrents mais ont quand même décidé de réunir également leur complémentarité pour promouvoir collectivement la notion de tourisme durable (chartes communes, travail collectif coordonné par exemple par Croq Nature).

- On assiste à des initiatives de solidarité des grands Tour opérateurs industriels, comme par exemple Marmara qui propose un supplément de 1 euro par personne sur ses dossiers pour des projets de développement locaux (formation du personnel, construction d’hôtels maîtrisés...) ou encore Croisitours et sa collaboration avec " Coeur de Forêt " (économie de papier, majoration de 10 euros par personne pour planter un arbre...).

- Développement de la compréhension et de l’amitié entre les peuples : les objectifs n’étant pas les mêmes entre un " touriste en vacances payées " et un habitant qui travaille (ou pas), une incompréhension ou pire, un conflit peut naître facilement... A travers le tourisme durable le visiteur n’est plus passif devant une découverte quelle qu’elle soit... Il visite souvent autre chose que des monuments du passé et peut s’impliquer dans des activités locales proposées (parrainage, visite de dispensaires, échanges de savoirs...) : sa vision sur le pays peut changer car il rentre le plus possible dans le quotidien de l’habitant et découvre mieux ses enjeux pour vivre. L’hôte n’est plus une " personne pauvre " que l’on veut éviter (plages privées, éloignées des villages...). 

- Le tourisme durable assure une juste répartition des bénéfices et des coûts, ce qui contribue à l’amélioration de la qualité de vie des populations locales.

- Le tourisme durable permet d’associer la population locale à l’activité économique qui en découle, ce qui permet la création de nouveaux emplois avec des revenus justes.

- Le tourisme durable permet l’élargissement des marchés pour les produits locaux ce qui signifie de meilleures chances de formation professionnelle.

- Le tourisme durable incite à la protection et préservation de la planète et donc défend les intérêts des générations à venir.
 
 

Aspects négatifs

- Les textes internationaux adoptés par les professionnels du tourisme ne sont pas contraignants, si les principes ne sont pas suivis il n’y a pas ou peu de poursuite.

-Le rapport trop distendu pour les grands acteurs industriels du tourisme, entre leur intérêt économique et l’empreinte écologique de leur activité.

 

Contraintes

- L’application des textes, de concept global, est limitée parfois par la variété des besoins de chaque territoire.

- L’absence d’un contrôle indépendant sur la conformité des pratiques avec les normes proposées, rend difficile de maîtriser les dérives pouvant survenir ; par exemple les éco-labels en forte concurrence, présentant des normes différentes, peuvent induire le touriste en erreur.
Certains ne servent plus qu’à définir une qualité supplémentaire d’un produit...
Exemples de labels du tourisme : eco-label europeen, station verte, pavillon bleu, Qualité Tourisme, La Clef Verte, ATR (Agir pour le Tourisme Responsable).

- Les contrôles des transferts financiers sont rendus difficiles dans un cadre international, multilatéral, dans des pays faibles économiquement.

- Manque de formations et de compétences sur place, ce qui nuit au développement de stratégies touristiques à long terme sur place.

- En 1992 un groupe de travail mandaté par l’O.M.T. a développé des indicateurs de durabilité indispensables pour mesurer l’efficacité d’un projet à long terme. Ces indicateurs ont été acceptés internationalement mais restent difficiles à mettre en place concrètement . Au total au nombre de 11, ils permettent d’évaluer les rapports entre le tourisme et le développement en général, les effets de l’environnement sur le tourisme et réciproquement. Par exemple l’indicateur N°10, " Mesure du degré de satisfaction de la population locale " suppose de multiples réunions, une personne rémunérée, préposée à cet indicateur en permanence.

 

Axes de réflexions

- Les éco taxes proposées par les compagnies aériennes ou les taxes financières en général subies par le client, sont elles des vraies solutions pour réduire l’empreinte écologique du passager ? Est ce que cela va dans le même sens que les objectifs poursuivis par le tourisme durable ?

- Les nouvelles demandes touristiques sont d’une durée courte (1 semaine à 15 jours maximum) et le tourisme durable impose un minimum de temps pour être cohérent avec ses objectifs d’échanges, d’implication (17 à 21 jours)... Les programmes éco-solidaires super rapides voire parfois superficiels proposés à l’heure actuelle (une demi journée dans un chantier) ne sont ils pas des leurres ? Ou bien est ce qu’une ½ journée est déjà très bien ?

- Quelle pourrait être la part maximum d’implication éco-solidaire d’un touriste dans un voyage moderne ? Combien de temps maximum un touriste peut il engager dans des visites et activités éco-solidaires variées sans nuire à un voyage qui se veut toujours de loisirs ?

 - Comment faire en sorte que le tourisme durable demeure d’abord synonyme de vacances et non seulement comme un d’outil au développement économique local, peut être trop rébarbatif pour le prospect ?
 

Perspectives

 L’Organisation Mondiale du Tourisme prévoit 950 millions de touristes en 2010 et 1,6 milliard en 2020 .

Même si l’art de la prospective est un art délicat, nous pouvons sous toute réserve envisager la croissance du tourisme en 2 grosses tendances qui bien que des mesures plus concrètes voire plus contraignantes doivent être prises par l’industrie du tourisme et la communauté internationale indiquent un changement déjà perceptible :

  1. La démocratisation du prix du voyage se poursuivra et permettra aux couches sociales les plus défavorisées d’accéder aux voyages.
    La concurrence effrénée entre tour opérateurs provoquera des grandes manœuvres de concentration verticale, dans le but de mieux assurer la maîtrise des coûts des produits touristiques et de la valeur ajoutée correspondante. L’industrie du tourisme sera de plus en plus contrôlée par d’immenses conglomérats aux pouvoirs financiers démesurés rendant difficile l’arrivée des nouvelles sociétés de taille moyenne.
  2. Les entreprises actuelles ou futures de taille moyenne ne pourront plus dégager qu’une marge bénéficiaire médiocres étant donnée la concurrence acharnée ; du coup elles s’intéresseront d’avantage à des produits spécifiques s’adressant à une cible plus aisée, moins nombreuse mais aussi plus éxigeante sur le contenu du voyage.
    2 conséquences à cette contrainte économique :
    • L’émergence d’une variante du tourisme de masse, pragmatique, surfant sur la vague du sensationnel. Ces voyages revisitent (trop) rapidement les définitions de l’écotourisme, sensé s’intéresser à l’écologie et aux conditions fragiles des multiples environnements de notre planète, ou de l’ethnotourisme, intérêt pour les ethnies et leur culture. Nous donnons un simple exemple de ces " femmes girafes ", femmes Kayan, parquées dans des villages zoo au nord de la Thaïlande construit par des opérateurs de tourisme thaîlandais. Attention nous ne voulons pas dire que les voyageurs ne sont pas des gens cultivés, mais tous ne sont pas écologues ou ethnologues...
    • Des opérateurs sincères, fortement sensibilisés depuis toujours par la découverte respectueuse des populations visitées et de leur environnement. Ceux là vivent le meilleur moment économique et humain pour développer leur concept de tourisme durable. Ils laissent penser que des solutions sont envisageables, à conditions qu’elles impliquent les ethnies ou les populations locales concernées dans les phases de conception, de réalisation et de gestion locales. Des projets " autocentrés " voient le jour, de plus en plus, : la population se voit confier la construction puis la gestion des hébergements pour touristes, les bénéfices allant directement à la réalisation d’équipements collectifs (école, dispensaire, maternité...).

 

Challenges pour le développement du tourisme durable :

 Le tourisme est une industrie comme une autre ; il n’y a pas de bons ou de mauvais touristes.

- Trouver toujours le moyen d’encourager l’adoption de comportements plus responsables de la part des opérateurs mais aussi des voyageurs. Il n’y a pas de bons ou de mauvais touristes il y a simplement des gens mal informés. Par ailleurs, plusieurs acteurs professionnels ont mis en place des chartes de comportement à visée d’information et dans le but de responsabiliser le touriste (exemples : " l’écoroute de l’information " ou le code de l’éthique du centre Nord Américain),

- L’information sur ce type de tourisme est déjà bien réelle ? par exemple sur internet mais les méthodes de sensibilisation voire d’incitation sont beaucoup plus rares... Les TO généralistes eux mêmes (c’est à dire qui vendent plusieurs destinations) ne sont pas bien engagés car la majorité de leur clients ne s’intéresse pas à leur empreinte écologique pendant leur vacances et beaucoup encore cherchent simplement à se reposer dans des lieux de rêve où tout leur est apporté sur un plateau ! La crise rend le phénomène encore plus significatif (" 1 semaine pas chère dans un hôtel des pays chauds pour se changer les idées "... On tourne en rond : pas d’incitation > pas de demande > pas d’offre ... (hormis les rares spécialistes de l’éco-solidaires).

- Développer une méthode non culpabilisante de concerner le client à tous ces projets ; une méthode différente de celle faisant par exemple payer à chaque voyageur une éco-taxe sur chaque billet d’avion pour le faire " participer " aux travaux de dépollution aérienne.

- Débloquer les " je paie, je n’ai donc pas envi de travailler ou je paie c’est pas pour voir la misère ou je paie donc je peux consommer bien ou mal !... " autant de contre arguments aux propos de l’agent de voyages " vous rencontrerez un territoire différemment, échangerez avec authenticité... ". Selon nous, les 2 types de voyages classiques ou éco-solidaires ne doivent plus être opposés mais se compléter et être présentés (ou vendus) comme tels. Cela deviendrait un concept raisonné (ou raisonnable ??) qui ferait beaucoup plus la promotion positive de vraies vacances (ce que le tourisme doit rester !).

 

Référence

- Charte d’éthique du tourisme

- Organisation Mondiale du Tourisme, siège à Madrid

- UNAT fédère un peu plus d’une trentaine d’organismes associatifs français proposant ces voyages 

- Le réseau DANTE regroupe 17 ONG impliquées dans des thèmes relatifs au tourisme et à l’environnement

- Le réseau ICRA

- Association agréee Croq’ nature

- Association APS (étude accessible avec un mot de passe)
 

 


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