Physiologie de l’allaitement
Pendant la grossesse, les hormones ovariennes et placentaires libérées (oestrogènes et progestérones) déclenchent le développement et la maturation des glandes mammaires, l’augmentation du volume des seins, l’assombrissement et l’élargissement de l’aréole, le développement de tubercules sur l’aréole et parfois des pertes de colostrum, le liquide secrété jusqu’à la première montée de lait. La maturation des glandes mammaires passe par le développement des cellules sécrétrices de lait qui forment des groupuscules nommés acini et sont reliées à un canal lactifère qui conduira le lait le long de nombreuses ramifications vers un pore situé sur le mamelon.
La production de lait est sous la dépendance de la prolactine, une hormone hypophysaire produite dès le 5ème mois de la grossesse (d’où les pertes possibles de colostrum). Pendant la grossesse, la prolactine est inhibée par les hormones placentaires, inhibition qui est levée avec l’expulsion du placenta au moment de l’accouchement.
Le colostrum continue à être produit les premiers jours après l’accouchement. C’est un liquide clair, riche en protéines et anticorps mais pauvre en sucres, très facilement digéré. Il contribue à l’immunisation du nouveau-né. La montée de lait se fait au bout de 2-3 jours, et le lait devient mature en 2 semaines.
Les seins ne jouent pas le rôle de réserve de lait. Seuls 10 à 20 cl de lait dilué sont stockés dans les acinis les plus proches du mamelon pour permettre une absorption directe de lait, en attendant la synthèse de nouveau lait.
Une deuxième hormone hypophysaire, l’ocytocine permet l’éjection du lait, et entretien sa sécrétion. La production de lait est déclenchée soit par la succion, soit par les pleurs ou le contact avec le bébé. L’hypophyse est une structure cérébrale en lien avec différentes parties du cerveau, ce qui explique l’influence des émotions sur la production de lait. Le lait nouvellement synthétisé est normalement éjecté 30 à 60 s après le début de la tétée.
A la naissance, le bébé est capable de ramper sur le ventre de sa mère pour atteindre le sein, mais c’est à la mère de trouver la bonne position pour une tétée optimale : assise ou couchée, le bébé doit se trouver ventre à ventre avec sa mère, et ne dois pas avoir à tourner la tête pour attrapper le mamelon. Sa bouche doit happer le téton ainsi que tout ou une partie de l’aréole. Lors de la succion, sa langue doit se placer en gouttière, sous le téton et ses lèvres se retrousser sur le sein.
(sources : ANAES, LLL)
Quelques chiffres
En 2000, la France était parmis les 3 pays aux taux d’allaitement à la naissance le plus bas en Europe, avec un taux de 53% alors que 15 pays sur 23 montraient un taux supérieur à 90% (source : IRCCS/OMS). Depuis, l’allaitement à progressé en France, avec un taux d’allaitement à la naissance de 62,5 % en 2003 (source : enquête nationale périnatale 2003), et de 65 % en 2007 (source : Institut des Mamans). Malgré cette progression l’allaitement en France reste moins développée par rapport aux pays nordiques où les taux dépassent les 95 % (source : OMS). D’autres sondages indiquent pourtant que plus de 75 % des françaises souhaiteraient allaiter (source : LLL). Le manque d’information et les idées reçues découragent encore beaucoup de mères.
Aspects positifs
Contrairement aux idées reçues, il n’y a pas de contraintes particulières pour l’alimentation de la mère porteuse, ni sur la variété, ni sur la quantité. On peut choisir de manger plus sainement, mais ce n’est pas une obligation. Seules des prédispositions aux allergies alimentaires peuvent justifier d’un régime particulier.
La composition en acides gras, sucres, protéines, et oligo éléments du lait maternel est celle qui convient le mieux au nourrisson. Si les laits infantiles industriels s’en rapprochent globalement, ils ne contiennent pas toujours tous les acides gras nécessaires, par exemple, et contiennent certains éléments sous forme moins bien assimilable par l’organisme du nourrisson. La composition des laits industriels est toutefois en progression constante au niveau nutritionnel.
Le lait maternel s’adapte non seulement à l’âge du nourrisson, mais sa composition change aussi au cours du jour, ou de la tétée, pour s’adapter complètement aux besoins du bébé. Le lait de début de tétée par exemple, est moins riche que celui de fin de tétée, ce qui permet entre autre à l’enfant de satisfaire sa soif en cas de chaleur, par des tétées plus nombreuses et plus courtes.
Il y a aussi des avantages non nutritionnels à l’allaitement maternel. Le lait maternel contient divers facteurs anti-microbiens et anti-infectieux qui sont totalement absents des laits infantiles, et protègent directement le nourrisson de diverses maladies. De plus, l’allaitement semble participer à une stimulation active du système immunitaire de l’enfant qui se défend mieux des infections même après le sevrage. Les nouveaux-nés malades, ou les bébés prématurés sont nourris au lait maternel, souvent issu de lactarium, pour favoriser leur développement ou leur guérison (source : OMS).
Les conséquences médicales de l’allaitement sont parfois sujets à controverse, parce que la durée de l’allaitement a une grande importance sur les effets au niveau de la santé. Il ressort des études effectuées une liste de bienfaits engendrés par l’allaitement, certains nécessitant toutefois une documentation plus poussée (source : OMS) :
Enfant
- Réduction des cas et de la durée de maladies diarrhéiques
- Protection contre les infections respiratoires
- Réduction des cas d’otites et otites chroniques
- Protection possible contre l’entérocolite nécrosante néonatale, bacteriémie, meningite, botulisme et infection urinaire
- Réduction possible du risque de maladie auto-immune, tels que le diabète Mellitus type I et les maladies inflammatoires chroniques intestinales
- Réduction possible du syndrome de mort subite
- Réduction du risque d’allergie au lait de vache
- Réduction possible du risque d’adiposité plus tard dans l’enfance
- Meilleurs acuité visuelle et développement psychomoteur, probablement grâce aux acides gras polyinsaturés, en particulier l’acide docosahexaenoique
- QI plus important, probablement la conséquence de facteurs présents dans le lait, ou d’une stimulation plus importante
- Réduction des occurences de malocclusions grâce à un meilleur développement de la machoire
Mère
- Meilleure récupération après l’accouchement ; accélération de l’involution utérine et réduction des risques d’hémoragies
- Prolongation de l’infertilité postpartum qui permet d’espacer les grossesses en l’absence d’autre contraceptif
- Accélération possible de la perte de poids et retour au poids initial
- Réduction du risque de cancer du sein premenopausal
- Réduction possible du risque de cancer des ovaires
- Amélioration possible de la minéralisation osseuse et réduction du risque de fracture de la hanche postmenopausale
Les associations et organismes spécialisés jouent un rôle important pour le partage de l’information et l’accompagnement des mères. Elles sont recencées sur le site de la CoFAM (Coordination Française pour l’Allaitement Maternel) .
La CoFAM est née avec la semaine mondiale de l’allaitement en 1999 et privilégie quatre axes d’actions en particulier :
- La Semaine Mondiale de l’Allaitement Maternel (SMAM)
- L’Initiative Hôpital "Ami des Bébés"
- L’organisation de la Journée Nationale pour l’Allaitement (JNA)
- La fédération des acteurs soutenant l’allaitement : les membres, la liste des associations et des structures de soutien en France
Parmis les associations soutenant l’allaitement, la plus importante est la Leche League (LLL), association internationale créée à Chicago dans les années 50 et implantée en France depuis 1973. La France possède 165 antennes locales qui organisent des réunions d’information, et répondent aux demandes de conseils sur l’allaitement.
Il existe une demande en lait maternel, pour tous les nouveaux nés prématurés ou malades que leur mère ne peux allaiter. Pour cela, des lactariums ou banques de lait ont été créés, auprès desquels vous pouvez faire don de lait.
Aspect négatifs
Il existe malheureusement encore beaucoup d’idées qui font que les mères décident de ne pas allaiter ou d’interrompre l’allaitement de façon précoce :
- Je risque de ne pas avoir assez de lait : les cas d’insuffisance réelle de lactation sont très rares et en général dépistés avant ou pendant la grossesse (trouble hormonal important, développement anormal de la glande mammaire, masectomie). "Il n’y a pas de seins qui fabriquent peu de lait, il n’y a que des allaitements mal démarrés" (Dr. Marie Thirion). La lactation est aussi indépendante de la taille des seins, car c’est le tissus graisseux et non les glandes mammaires qui confère leur volume au seins.
- Mon lait n’est pas assez nourrissant : le lait maternel est différent du lait industriel, mais il est l’aliment le mieux adapté au nourrisson. Son aspect est différent et surtout, la prise de poids est différente, ce qui peut amener des personnes non informées à penser que le nourrisson ne grossi pas assez vite et doit prendre des compléments qui en fait ne sont pas nécessaires.
- L’allaitement est douloureux : l’hypersensibilité de début d’allaitement est passagère. Les crevasses sont le résultat d’une mauvaise prise du sein et peuvent être évitées en corrigeant cette position. Les engorgements se régulent par la tétée à la demande.
- L’allaitement abîme les seins : C’est la grossesse qui transforme les seins. Un allaitement bien conduit n’entraîne pas de risque esthétique lorsque les seins sont bien maintenus et que l’on évite les difficultés congestives de démarrage.
- L’allaitement fatigue : La fatigue ne vient pas de l’allaitement mais des suites de l’accouchement et du manque de sommeil du au bébé. Au contraire, la production d’ocytocine due à l’allaitement permet de mieux se relaxer et dormir. De plus, l’allaitement maternel permet de nourrir l’enfant sans qu’il soit nécessaire de se lever ou de préparer un biberon.
- J’ai eu une césarienne : On peut allaiter après une césarienne, même si les débuts sont un peu plus difficiles.
- Je ne pourrai pas allaiter longtemps, donc ça ne vaut pas le coup de commencer : Même un allaitement court est préférable à pas d’allaitement du tout. Ce qui importe au cours d’un allaitement, c’est la relation qui s’instaure entre la mère et son enfant, quelle qu’en soit la durée. Enfin, la reprise du travail, n’est pas un obstacle majeur à l’allaitement.
Contraintes
Certaines mères peuvent vivre comme une contrainte la relation fusionnelle avec l’enfant allaité qu’elles ne pourront laisser longtemps au soin d’autres personnes. De même la reprise du travail peut paraître incompatible avec la maintenance de l’allaitement. Mais pour celles qui souhaitent allaiter tout en gardant une certaine indépendance, et pour les mamans qui veulent continuer l’allaitement exclusif après la reprise du travail il est toujours possible de tirer son lait à l’avance, et le donner au biberon, plutôt que d’utiliser des laits industriels.
Les contre-indications à l’allaitement sont rares mais existent dans les cas suivants (source : HAS)
- chez le bébé : galactosémie
- chez la mère :
- maladie cardio-vasculaire ou respiratoire sévère
- hémopathie ou cancer en cours de traitement (la radiothérapie ne nécessite qu’un arrêt transitoire de l’allaitement, le temps de présence de l’isotope)
- infection VIH
- tuberculose active (le lait tiré peut être donné au nourrisson dès le début du traitement)
- herpès du sein
- phase aigüe de la maladie de Chagas
- toxicomanie (une mère sous méthadone et avec suivi médical peut allaiter)
Toute autre affection maternelle peut être traitée avec des médicaments n’affectant pas l’allaitement.
En particulier, les cas suivants ne sont pas des contre-indications mais réclament une attention particulière :
- Fièvre liée à une maladie bénigne (sources : OMS, ANAES)
- Infection au CMV (sources : OMS, ANAES)
- Hépatite B ou C (sources : OMS, ANAES)
- Allaitement et Tabac : Il est fortement conseillé d’arrêter de fumer lors d’une grossesse. Toutefois, si la mère continue à fumer, des études montrent que les risques d’infections respiratoires dues au tabagisme passif diminuent si l’enfant est allaité. L’allaitement est donc recommandé aux mères fumeuses, bien que la nicotine passe dans le lait et puisse provoquer des coliques (sources : OMS, ANAES, LLL).
- Allaitement et Alcool : L’alcool passe dans le lait à des concentrations similaires à celles du sang. Le pic de concentration arrive 30 à 60 min après ingestion. S’il est bien sur déconseillé de consommer beaucoup et régulièrement de l’alcool, une consommation très modérée et occasionelle n’est pas contre-indiquée (source : ANAES).
- Allaitement et Médicaments : A cause du manque d’études, l’utilisation de médicaments peut être restreinte. Les médicaments sont divisés en 5 groupes, contre-indiqué ou déconseillé (effet nocif prouvé ou suspecté), à éviter par prudence (peu de données, pas d’effets nocifs connus), envisageable ou possible (données positives existantes et plus ou moins conséquentes). Certains médecins font le choix de se montrer très prudents. Si vous devez prendre des médicaments, demandez à un spécialiste de l’allaitement, appelez le lactarium ou encore une association comme LLL (sources : AFSSAPS, ANAES).
Axes de réflexion
Choisir d’allaiter ou non est une décision intime de la mère, un droit à respecter.
Si le choix d’allaiter est basé en partie sur les bienfaits du lait maternel au niveau de la santé, l’investissement émotionnel et le sentiment d’utilité entrent aussi en jeu. Allaiter semble conférer une satisfaction physique, une image de soi positive, une affirmation de sa féminité. De façon plus pratique, on peut choisir l’allaitement pour la facilité (pas de biberons à préparer), le coté économique (pas de lait ni de biberons à acheter).
Une mère peut décider de privilégier son activité professionnelle, le partage des tâches dans le couple, une certaine image sociale. Bien que l’allaitement maternel soit recommandé, les laits infantiles fabriqués aujourd’hui sont de qualité suffisante pour ne pas compromettre le bon développement de l’enfant. Les mères faisant le choix de ne pas allaiter ne devrait pas être stigmatisées pour cela, de même que les femmes ne pouvant pas allaiter ne devrait pas se sentir coupable.
Le choix de ne pas allaiter doit être fait en connaissance de cause, et non pas selon des préjugés sans fondement, d’où l’importance de l’accès à l’information pour toutes.
Perspectives
La hausse de l’allaitement en France est probablement une conséquence des campagnes d’information, en particulier auprès du personnel soignant, de l’amélioration de l’accompagnement périnatal des mères. L’allaitement est plus répandu chez les femmes appartenant à des milieux favorisés et ayant fait des études plus poussées (source : enquête périnatale 2003), ce qui semble souligner l’importance de l’accès à l’information. Un changement d’attitude en faveur de l’allaitement est en cours, mais les efforts doivent continuer par le biais de campagnes d’information notamment dans les écoles pour sensibiliser les futurs parents dès leur jeune âge.
Références
Guide de l’HAS (Haute Authorités de Santé) : Favoriser l’allaitement maternel
Rapport de l’ANAES (ancienne HAS) : Allaitement 6 premiers mois
Groupe de travail de l’AFSSAPS : Médicament, grossesse et allaitement
CoFAM- Coordination Française pour l’Allaitement Maternel
Liste des lactariums en France
Chiffres IRCCS/OMS (Istituto di Ricovero e Cura a Carattere Scientific), étude de la CoFAM
Enquête nationale périnatale 2003 - France
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