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Normes, labels, marques, garanties participatives et distributions pour le commerce équitable
dimanche 22 juin 2008
par Bialis Team
Avec l’essor incontestable du commerce équitable qui correspond à une volonté de changement dans les règles du commerce international de la part des consommateurs, les marques, labels et logos se multiplient. Le développement des ventes accompagné de projets sociaux et environnementaux apparait comme urgent et nécessaire à la survie de millions de producteurs et artisans du Sud, et maintenant du Nord.

L’éthique normative vise à établir des normes concernant l’examen critique des fondements et formes de l’action juste. Il s’agit de textes fondamentaux qui peuvent s’appliquer à des domaines plus particuliers en relation avec l’éthique appliquée, sociale par exemple. L’éthique normative a des rapports avec le droit.

Depuis une cinquantaine d’années, le processus d’élaboration des normes s’est considérablement développé dans l’industrie, l’économie, et les systèmes d’information. C’est dorénavant un instrument commercial pour étendre les influences économiques grandes ou petites.

La normalisation est définie par la réglementation française comme étant un processus ayant « pour objet de fournir des documents de référence comportant des solutions à des problèmes techniques et commerciaux concernant les produits, biens et services qui se posent de façon répétée dans des relations entre partenaires économiques, scientifiques, techniques et sociaux. » (décret n°84-74, 26/01/1984,JORF)

La normalisation est soumise aux principes suivants :

  • l’ouverture à tous les acteurs concernés
  • la recherche du consensus
  • la transparence
  • la cohérence sectorielle
  • les dimensions européennes et internationales.

Voici quelques éléments afin de clarifier normes, marques, labels et autres systèmes de contrôle aposés aux produits du commerce équitable.

Petit lexique (source : Minga)

Marque : Tout signe matériel servant à distinguer les produits, objets ou services d’une entreprise. La marque de fabrique, de commerce ou de service est facultative. Toutefois, des décrets en Conseil d’Etat peuvent, exceptionnellement, la déclarer obligatoire pour les produits ou services qu’ils déterminent.

Norme : Document établi par consensus, qui fournit pour des usages communs et répétés, des règles, des lignes directrices ou des caractéristiques, pour des activités ou leurs résultats, garantissant un niveau d’ordre optimal dans un contexte donné. Elle est approuvée par un organisme reconnu à activité normative pour leur application répétée ou continue, dont l’observation n’est pas obligatoire. En règle générale, la norme n’est pas obligatoire mais d’application volontaire.

Label  : Mot d’origine anglaise qui signifie étiquette. En français il signifie « étiquette ou marque spéciale créée par un syndicat professionnel et apposé sur un produit destiné à la vente pour en certifier l’origine et les conditions de fabrication » (Dictionnaire Larousse).
En France une entreprise privée et a fortiori une association, n’ont pas le droit de délivrer de label. Seuls les pouvoirs publics sont abilités à délivrer les labels et cela dans des conditions strictement délimitées. Par exemple, le Label biologique AB a été délivré par le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche.

Système de garantie participatif (ou SGP ou SGAP) : Démarche citoyenne permettant de garantir auprès des citoyens la qualité des produits qu’ils achètent. Il requiert la construction d’une vision commune, l’implication des acteurs professionnels qui y ont recours ainsi que des citoyens et des processus d’apprentissage. Le système de garantie participatif se bâtit sur la transparence et réduit au minimum la hiérarchie des instances administratives. Issus de la société civile et des mouvements bio en particulier, le fonctionnement du SGP présente l’avantage de pouvoir être décliné à tous les secteurs d’activités victimes de la pression normative.

Ainsi par exemple :

- Pour Nature et Progrès le système de garantie participatif repose sur un contrôle de la ferme ou de la fabrique par des producteurs et des consommateurs.
Ainsi l’objectif est :

  • d’apporter une garantie sur la qualité biologique des produits, tout en prenant en compte la démarche globale de production (écologique, associative et solidaire)
  • de favoriser l’échange technique entre professionnels et l’amélioration des pratiques
  • de faire du consommateur le garant de la transparence des professionnels sur leur démarche globale et de favoriser les processus d’apprentissage.

 

- Pour Minga le SGAP est un outil évolutif qui permet l’examen des activités commerciales, en terme social, économique et écologique, tout le long d’une filière (longue ou courte). Ces démarches de progrès, participatives et transparentes, permettent ainsi :

  • de réfléchir sur le fonctionnement réel de la société
  • de remettre en question ce fonctionnement
  • d’être force de proposition.

 

Les normes et systèmes de contrôle du commerce équitable peuvent êtrerésumés suivant le tableau ci-dessous :

Type ISO

Organisation internationale de normalisation

L’ISO65 : système de certification officiellement reconnu, contrôle par un tiers impartial du cahier des charges du producteur ou de l’entreprise

Label AB, ISO14001, NF Environnement, ISO9001, Max Havelaar, Ecocert équitable, solidaire et durable ESR(dont Bio équitable)

SGP

Systèmes de Garantie Participatifs

Contrôle interne et par d’autres producteurs et consommateurs.

Projets pilotes lancés en Europe par Ifoam (Fédération en agriculture biologique) dans le cadre de la nouvelle réglementation de l’agriculture biologique qui se joue en Europe.

Organisations qui actent pour la promotion des SGP :

Minga (dont Andines), Nature et Progrès,Syndicat d’agriculture biologique, Alliance Provence, Simples, l’Atelier, Réseau Ecobatir, Areso

FTO

Fair trade organisation

Initiée selon le mode SGP par l’Ifat (Association internationale pour le commerce équitable)

Contrôle collectif interne

et contrôle externe

Garantie utilisée par Artisans du Monde

 

Grandes caractéristiques de marques les plus connues relatives au commerce équitable et au développement durable (1) :

( CE* : commerce équitable)

Marques

Type de démarche

Mode de contrôle

Porteur de la démarche

Approche

Max Havelaar

CE* et critères environnementaux

Marque privée à usage collectif attribuée à un produit

Cahier des charges établi par matière première par Flo International

Contrôle et certification

Flo Cert , filiale à 100% de Flo International

Contrôle annuel du cahier des charges dans les coopératives ou plantations.

Traçabilité sur toute la chaine.

Accrédité ISO 65 par organisme indépendant

Flo International(Fair trade Labelling Organisation)(dont Max Havelaar)

Droit de marque perçu sur chaque produit vendu

Estampillé Fair Trade

Matière première qui est contrôlée sur la base de critères d’équité :

Si transformé sur place (coton)

Contrôle que l’entreprise « fait des efforts » pour respecter les conventions de OIT (standard Coton graine Flo)

Bio Equitable

Agriculture biologique et CE*

Marque privée à usage collectif attribuée à un produit

Cahier des charges de l’association applicable par filière

Démarche Ecocert

Ecocert, organisme de contrôle accrédité ISO 65 pour l’agriculture biologique

Association Bio Equitable

Constituée par des entreprises spécialisés dans la bio et souhaitent intégrer l’équité et la durabilité

Filière

La production doit répondre aux critères du label AB

La production et la transformation dans le pays d’origine sont contrôlées sur la base de critères d’équité

Ecocert Equitable, Solidaire et Durable ESR

CE* lié à des critères environnementaux

Marque privée à usage collectif attribuée à un produit

Cahier des charges élaboré par Ecocert après consultation des parties prenantes

Contrôle effectué par les auditeurs d’Ecocert accrédité ISO 65

Ecocert International

Filière

Cahier des charges évalue l’ensemble des activités de production et transformation selon des critères équitables

FTO

Fair trade organisation

CE*

Marque privée à usage collectif attribuée à une organisation

FTO a été créé par l’Ifat (International Fair Trade Association)

Auto évaluation partagée et contrôle externe

Mis en place par l’Ifat

Comité d’accréditation

Et contrôle externe de 5 à 10% des membres.

Ifat

Réseau de plus de 300 organisations de CE* international

Producteurs, importateurs, Fédération Artisans du Monde et distributeurs

Organisation

La marque atteste de respect des principes sur l’ensemble de l’activité du candidat

Cad équitables sur toute la chaine.

Ensemble pour plus de sens

CE* Nord- Nord et agriculture Biologique

Système de contrôle croisé et certification AB

Cahier des charges élaboré par Biocoop et la Fnab

Comité de gestionde marque

Composé d’un représentant de Biocoop et des producteurs des filières concernées

Critères d’équité.

Biocoop

Coopérative de distribution de produits bio

Filière

Relation transparente et durable entre producteurs, transformateurs et distributeurs

Engagement de solidarité ;

FGP

Forest Garden Product

Biodiversité, agriculture biologique et CE*

Marque privée à usage collectif attribuée à un produit

Néo synthesis Research Centre

Oeuvre pour le respect et la restauration de la biodiversité

Certification par tiers et accompagnement des produits certifiés

NSRC

Néo Synthesis Research Centre

Organisation Sri Lankaise

Cahier des charges élaboré au Sud

Exploitation

Production avec préservation et et restauration de la bio diversité

Protection de l’environnement et équité sociale

Fibre citoyenne

Développement durable

Démarche de progrès des entreprises textiles

Accompagnement et contrôle

Comités consultatifs des parties prenantes

Yamana

ONG française qui accompagne les démarches de developpement durable au sens large

Filière et organisation

Rainforest Alliance

Développement durable

Système de certification privé

Des exploitations agricoles.

Contrôle effectué par des ONG locales du réseau SAN (Réseau d’agriculture durable)

Rainforest Alliance

ONG américaine pou la promotion des modes d’agriculture durable

Matière première

Préservation de l’environnement

de la biodiversité et intégration de critères sociaux .

 

Aspect positifs

-Les marques privées à usage collectif tout comme les systèmes de garantie participatifs sont un nouveau repère pour le consommateur, une référence de traçabilité selon les cahiers des charges requis en bio et équitable. Elles sont contrôlées en interne ou par des indépendants, dans la gestion sociale, environnementale et des échanges commerciaux sur une partie ou tout au long des filières.
Certains systèmes en place depuis plusieurs années offrent aux producteurs désirant valoriser leur récolte, des facilités d’application et des réductions de coût pour labelliser les matières premières.

-Les SPG (systèmes de garantie participatifs) permettent un contrôle collectif par des acteurs du réseau y participant (membres des organisations et consommateurs) qui assurent l’évaluation des pratiques et offrent des conseils adaptés proches de la réalité du terrain. Les SPG sont indépendants des systèmes de règlementation internationaux et permettent une plus grande souplesse au cas par cas.

 

Aspects négatifs

-La multiplication des normes réglementaires (Iso 65, Codex alimentarus, Iso 14001, Flo International) sont faites par le Nord pour rassurer les consommateurs du Nord. Les principaux acteurs du Sud pour lequel le commerce équitable a été construit s’en trouvent trop souvent exclus.

-Le coût de revient des certifications n’est pas négligeable pour les producteurs, surtout les plus petits, et peut être une entrave à leur intégration dans certains circuits.

- Plus de 70% des produits du commerce équitable sont distribués en grandes surfaces. On pourra s’inquieter de la confusion pour les consommateurs, du « logo unique » qui « marque » les esprits, et efface les références et fondements du commerce équitable pourtant attaché à une idée finale de solidarité.

 

Contraintes

La situation économique internationale risque de contraindre à un changement dans la définition élaborée par chaque filière de commerce équitable.

-La hausse des prix des matières premières pose le problème de certaines filières équitables qui ont optés pour un prix fixe garanti à l’achat au producteur.

-Le coût des transports et des conditionnements ont une place importante dans le prix final des produits. L’envolée du prix du pétrole maintient et accroit cette tendance à l’augmentation des prix alors que la pollution associée au transport n’est pas prise en compte.

-La multiplication des implantations de grandes surfaces s’oppose à l’extension de petites unités de distributions proches des principes du commerce équitable réalisé d‘un bout à l’autre des filières.

 

Axes de réflexion

-Concernant les implantation de grandes surfaces, la loi de modernisation de l’économie actuellement examinée à l ‘assemblée nationale , présentée comme une solution pour faire baisser les prix, prévoit d’ouvrir la voie aux « hard discounts » en relevant de 300 à 1000 m2 le seuil de déclenchement de la procédure d’autorisation préalable à l’installation. Rien semble t’il ne remet en cause dans ce texte la toute puissance d’une poignée de grandes centrales d’achat qui régissent le secteur du commerce (3).

- Les stocks de céréales sont insuffisants à l’échelle mondiale depuis 2003 par rapport à l’essor de la consommation (3). La spirale de la montée des prix, des émeutes de la faim et de la dégradation de l’environnement montre l’urgence de relancer une agriculture avec des bases saines (de non profit spéculatif maximum), écologiques et équitables pour tous.

- Relancer et accompagner les petites productions et distributions locales.

- Pour inverser le problème pourquoi ne pas envisager une taxation pour le non Bio et le non Equitable pour permettre aux autres producteurs et filières d’emmerger.

 

Perspectives

- En alternative aux normes de réglementation internationale, il est souhaitable que le développement des systèmes de garantie participatifs gagne en reconnaissance dans les règlementations européennes et internationales, afin d’aider les producteurs les plus démunis et les filières à budget restreint à accéder à l’affichage de leur traçabilité.

- Une place plus grande et des aides (locales et nationales) à l’installation pourront être apportées aux systèmes de distribution de proximité, comme les magasins spécialisés en bio et équitables, les ventes directes aux consommateurs, sur les marchés, afin de contourner l’omniprésence de la grande distribution qui a l’atout du volume des ventes.

- Augmenter la transformation et le conditionnement des produits dans les pays producteurs, permettra un essor économique équitable associé. Le bénéfice du travail réalisé au Sud reviendra au Sud en plus de celui fait au Nord.

 

Références

1.Hors série Politis Avril 2008, Commerce bio et équitable : enjeux et dérives

2.Minga, Printemps pour un commerce équitable, Avril 2008

3.Le Monde,4 juin 2008, Eurostat.

4. Entreprises et filières agroalimentaires face aux nouveaux enjeux V. Persillet, SAE Inra Mai 2007.

 

 


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